J’appuie sur « pause » et parfois ça marche, mais il lui arrive aussi de se remettre en route toute seule et là… Je ne peux pas intervenir !
Elle arrive souvent par en haut et par-derrière la rusée, la finaude. En haut, la tête bien sûr c’est une affaire qui fonctionne bien, elle a de l’expérience sur cette région. Elle se réveille en douceur, comme moi d’ailleurs, elle s’étire et choisi : le côté gauche ou le côté droit ? Non, il fait froid aujourd’hui et il pleut dehors. Allons-y de face, l’arcade sourcilière, les tempes. D’abord doucement, un petit tac… tac … comme pour signaler sa présence et là si je ne prends pas garde, en milieu de journée, elle occupe tout le terrain, enfin la tête. Elle redescend vers les cervicales et arrivée là elle ressemble déjà à un morceau de batterie digne de Bill Kreuzmann dans ces meilleurs morceaux (Drum’s notamment).
Ok, je t’aurai ma belle, Monsieur gentil docteur m’a expliqué le mode d’emploi et quelle arme utilisée contre l’intruse ! J’avale mon sauveur et je me couche, demain elle sera retournée se coucher dans un tout petit coin, dans lequel elle devient invisible.
Au petit matin, j’ouvre les yeux et là je l’aperçois, bien campée sur ces deux pattes, qui me sourit, mais elle me nargue la garce !
Allez, on avale encore un sauveur et l’on verra bien qui va gagner !
Mais elle a pris de la force pendant la nuit, elle est presque insupportable, j’ai beau essayer de pousser sur pause, je crois qu’elle a réussi à coincer le bouton, elle ne me lâche pas, elle se bat contre mon sauveur, vu la taille qu’elle a maintenant il ne suffit plus ! Tant pis, je l’ignore. Bonjour les enfants, mon amour, la cuisine, le rangement, des nouvelles des Etats-Unis, de Paris (tu me manques, c’est loin l’Amérique !), tiens, il fait beau aujourd’hui, le jardin, les fleurs, superbes….
Elle est toujours là ! Je n’en peux plus, envie de rien, manger : beurk ! Encore un sauveur, mais il m’a l’air bien fatigué lui aussi. Je me suis battue toute la journée, je vais me coucher. Il paraît que la nuit porte conseils !
Qui est-ce qui a écrit cette phrase magnifique : « Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. - Tu réclamais le soir; il descend, le voici: - Une atmosphère obscure enveloppe la ville, - Aux uns portant la paix, aux autres le souci. » Mais bien sûr, Monsieur Charles Baudelaire, il a du la rencontrer lui aussi pour si bien la connaître !
Ce matin, elle a signé un contrat avec les larmes, elles montent soudain mais ne me soulagent pas. Encore une journée à devoir vivre en sa compagnie.
Le temps est magnifique, je sors et elle me suis, je me retourne, lui parle : « Va t’en vilaine, je ne t’aime pas, je ne te supporte plus ! » Mais elle hausse les épaules et reste là à me faire souffrir. La journée se remplit gentiment et, avec l’aide du sauveur, je finis par ne plus penser à elle. Elle s’essouffle, je l’entends de moins en moins bien, elle rétréci, devient tellement petite, on dirait une tête d’épingle. Je n’ose pas me réjouir trop vite …
Mais elle disparaît, se met en boule et attend la prochaine visite. Le lendemain, je me rends compte qu’elle n’est plus dans la tête, elle est descendue dans le dos. Elle a changé de forme, ressemble à une lourde plaque en métal que mes jambes ont du mal à porter. Elle restera 3 jours aussi car elle connaît la phrase qui dit que : « les visites, c’est comme le poisson, après trois jours ça pue ! » et c’est vrai, je vous assure elle ne pue pas !

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